Comment naissent de nouvelles espèces
Un cheval possède 64 chromosomes et un âne 62. Leur mulet en reçoit donc 63 : ce nombre impair explique pourquoi les mulets n'ont presque jamais de petits.
Qu'est-ce qu'une espèce ? Pour les animaux et les plantes à reproduction sexuée, les biologistes utilisent généralement la définition biologique : une espèce regroupe des individus qui se reproduisent, ou peuvent se reproduire, entre eux dans la nature et donner une descendance viable et fertile. L'apparence peut tromper dans les deux sens. Caniches et cockers ne se ressemblent guère, mais des chiens de races différentes peuvent s'accoupler et avoir des chiots qui grandissent et se reproduisent : ils appartiennent donc à une même espèce. Le pygargue à tête blanche et le pygargue vocifère se ressemblent beaucoup, mais forment deux espèces ; un poussin hybride obtenu en laboratoire serait probablement stérile.
Le mulet est le cas classique. Il naît d'une jument et d'un âne. Il hérite de 32 chromosomes de la jument et de 31 de l'âne, soit 63 au total. Pour former les ovules ou les spermatozoïdes, les chromosomes doivent s'aligner par paires correspondantes. Or ceux du cheval et de l'âne s'apparient mal, et l'un reste même sans partenaire. Les cellules sexuelles sont donc généralement incomplètes et les mulets stériles. On a observé de rares mules donnant naissance à un petit, mais chevaux et ânes restent deux espèces distinctes.
Séparés par la géographie
Pour qu'une espèce en devienne deux, ses populations doivent cesser d'échanger des gènes, puis diverger jusqu'à ne plus pouvoir se reproduire entre elles. La voie la plus fréquente est la spéciation allopatrique, dont les racines grecques signifient « autre patrie ». Une rivière change de cours, une vallée s'ouvre ou quelques animaux traversent la mer vers une île sans pouvoir revenir. Une fois séparée, chaque population connaît ses propres mutations, ses événements aléatoires et sa sélection, sous un climat, des ressources et des prédateurs différents. OpenStax décrit la chouette tachetée du Nord et celle du Mexique, dans l'ouest des États-Unis, comme des populations ayant divergé ainsi. L'importance de la barrière dépend de l'animal : une vallée qui arrête une souris ne gêne pas un insecte volant.
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D'une espèce à plusieurs
Lorsqu'une espèce occupe de nombreuses niches vacantes, elle peut se diviser à plusieurs reprises : c'est la radiation adaptative. Les archipels y sont propices, car l'eau entre les îles maintient les populations séparées. Les drépanidinés d'Hawaï proviennent d'une seule espèce fondatrice. Ils comprennent aujourd'hui des granivores au bec épais et puissant, des nectarivores au long bec et des insectivores au bec pointu. Les pinsons de Darwin aux Galápagos constituent une autre radiation. Sur Daphne Major, des scientifiques ont suivi pendant 31 ans et six générations un pinson mâle arrivé de l'île Santa Cruz et ses descendants. Dès la deuxième génération, cette famille se comportait comme une espèce distincte des autres pinsons de l'île.
Se séparer au même endroit
La spéciation sympatrique se produit sans aucune barrière physique. Chez les plantes, elle commence souvent par la polyploïdie : une erreur de division cellulaire donne à un individu des jeux complets de chromosomes supplémentaires. Une plante à 2n = 6 qui produit par erreur des gamètes diploïdes peut donner des descendants tétraploïdes à 4n = 12. Ils peuvent se reproduire entre eux, mais pas avec l'espèce parente : une nouvelle espèce peut ainsi apparaître en une ou deux générations. Certaines formes cultivées de blé, de coton et de tabac sont des allopolyploïdes, issues d’une hybridation entre espèces et d’un doublement chromosomique. Chez les animaux, des groupes peuvent aussi se séparer en se nourrissant ou en vivant dans différentes parties d'un même lieu. Dans le lac Apoyeque, au Nicaragua, un lac de cratère vieux d'environ 1800 ans, une population de cichlidés est arrivée il y a seulement 100 ans environ. Deux formes aux corps et aux régimes alimentaires différents y vivent déjà, peut-être au début d'une séparation en deux espèces.
Ce qui maintient les espèces séparées
Les biologistes classent les barrières en deux groupes, selon qu'elles agissent avant ou après la formation du zygote, l'œuf fécondé. Les barrières prézygotiques empêchent l'accouplement ou la fécondation. Deux espèces de grenouilles peuvent se reproduire à des saisons différentes, l'une de janvier à mars, l'autre de mars à mai. Deux espèces de grillons peuvent préférer des sols différents. Les lucioles d'une espèce ne répondent pas aux signaux lumineux d'une autre. Les organes peuvent être incompatibles, et certaines fleurs ne conviennent qu'à un seul type de pollinisateur. Les barrières postzygotiques agissent ensuite : l'embryon hybride peut ne pas se développer, c'est la non-viabilité des hybrides ; ou l'hybride peut grandir mais rester stérile, comme le mulet : c'est la stérilité des hybrides.
| Espèce biologique | Individus qui se reproduisent entre eux et donnent une descendance viable et fertile |
| Spéciation allopatrique | Formation d'espèces après une séparation géographique des populations |
| Spéciation sympatrique | Formation d'espèces au même endroit, souvent par polyploïdie chez les plantes |
| Radiation adaptative | Division d'une espèce en plusieurs, chacune adaptée à un mode de vie différent |
| Barrière prézygotique | Empêche l'accouplement ou la fécondation : calendrier, habitat, comportement, compatibilité des organes, gamètes |
| Barrière postzygotique | Agit après la fécondation : non-viabilité ou stérilité des hybrides |
| Mulet | 63 chromosomes (32 du cheval, 31 de l'âne), généralement stérile |
- Une espèce : des individus qui se reproduisent entre eux et donnent une descendance fertile.
- Allopatrique : une barrière sépare les populations, qui divergent ensuite.
- Sympatrique : pas de barrière ; polyploïdie chez les plantes, niches différentes chez les animaux.
- Barrières avant la fécondation (calendrier, habitat, comportement) et après (hybrides qui meurent ou sont stériles).
- Un cheval a 64 chromosomes et un âne 62. Combien un mulet en possède-t-il ?
- Pourquoi les mulets sont-ils généralement stériles ?
- Leurs chromosomes ne peuvent pas s'apparier correctement pour former ovules ou spermatozoïdes
- Ils sont trop grands
- Ils n'ont pas de chromosomes
- Ils ne mangent que de l'herbe
- Caniches et cockers appartiennent à la même espèce parce que...
- Ils peuvent se reproduire entre eux et avoir des chiots fertiles
- Ils se ressemblent
- Ils vivent dans les mêmes maisons
- Ils ont la même taille
- Une tempête transporte quelques lézards sur une île lointaine, sans retour possible. Si une nouvelle espèce s'y forme, il s'agit de...
- Spéciation allopatrique
- Spéciation sympatrique
- Stérilité des hybrides
- Convergence évolutive
- Une plante a 2n = 6. Combien de chromosomes possède un descendant tétraploïde ?
- Une grenouille se reproduit de janvier à mars, une espèce voisine de mars à mai. De quelle barrière s'agit-il surtout ?
- Isolement temporel
- Stérilité des hybrides
- Barrière gamétique
- Polyploïdie
- Des lucioles ignorent le signal lumineux d'une autre espèce. Comment appelle-t-on cela ?
- Isolement comportemental
- Non-viabilité des hybrides
- Isolement écologique
- Radiation adaptative
- Laquelle est une barrière postzygotique ?
- Un embryon hybride qui ne se développe pas
- Des saisons de reproduction différentes
- Des organes qui ne s'emboîtent pas
- Des préférences de sol différentes
- Le lac Apoyeque a environ 1800 ans et ses cichlidés y sont arrivés il y a environ 100 ans. Pendant combien d'années environ le lac en a-t-il été dépourvu ?
- Les drépanidinés d’Hawaï, dont les becs cassent les graines, aspirent le nectar ou attrapent les insectes, sont un exemple de quoi ?
- Radiation adaptative
- Stérilité des hybrides
- L'ancêtre de tous les oiseaux
- Des structures vestigiales
- Dans l'expérience des deux îles, les coléoptères de l'île A deviennent pâles et ceux de l'île B foncés. Forment-ils maintenant deux espèces ?
- Pas forcément : la couleur seule ne les empêche pas de se croiser
- Oui, toujours
- Oui, après une génération
- Non, ils ont la même couleur
Sources de ce cours (12)
- OpenStax Biology 2e , 18.1 "Understanding Evolution", 18.2 "Formation of New Species", 19.1 "Population Evolution", 20.1 "Organizing Life on Earth" (openstax.org/books/biology-2e)
- Natural History Museum London "Who was Alfred Russel Wallace?" (nhm.ac.uk/discover/who-was-alfred-russel-wallace.html)
- "Charles Darwin: History's most famous biologist" (nhm.ac.uk/discover/charles-darwin-most-famous-biologist.html)
- "What is natural selection?" (nhm.ac.uk/discover/what-is-natural-selection.html)
- Dino Directory "Archaeopteryx" (nhm.ac.uk/discover/dino-directory/archaeopteryx.html)
- Darwin Online, Darwin and Wallace 1858 Linnean Society paper, read 1 July 1858 (darwin-online.org.uk/converted/published/1858_species_F350.html)
- University of Oxford Museum of Natural History Learning Zone "Peppered Moth natural selection experiments" (learningzone.oumnh.ox.ac.uk/peppered-moth-natural-selection-experiments)
- USGS "The Laws of Superposition and Cross-Cutting Relations" (pubs.usgs.gov/gip/fossils/laws.html) and "Geologic Time" (pubs.usgs.gov/gip/70039222/report.pdf)
- University of Chicago Shubin Lab "Tiktaalik" (shubinlab.uchicago.edu/research-2-2)
- Smithsonian Human Origins "Introduction to Human Evolution", "Genetic Evidence", "Laetoli Footprint Trails", species pages Australopithecus afarensis, Homo erectus, Homo neanderthalensis, Homo sapiens (humanorigins.si.edu)
- Extension Horses "Why can mules not reproduce?" (horses.extension.org/why-can-mules-not-reproduce)
- Britannica "archosaur" (britannica.com/animal/archosaur).
Consulté le: 2026-10-17