Illusions de mémoire et faux souvenirs
Après une vidéo d’accident, les personnes qui entendaient « fracassées » plutôt que « heurtées » estimaient une vitesse plus élevée ; elles étaient aussi plus de deux fois plus nombreuses à affirmer avoir vu du verre brisé absent du film.
La mémoire n’est pas un fichier vidéo que l’on relit. Chaque rappel reconstruit l’événement à partir d’éléments, parfois en y ajoutant des détails venus d’ailleurs. Le plus souvent, cela fonctionne assez bien. Parfois, cela crée des souvenirs vifs et certains, mais faux. Tu vas découvrir les principaux résultats expérimentaux et tester l’un d’eux avant d’en lire l’explication.
Essaie d’abord
Lis ces mots une fois, à rythme régulier, puis cache-les et réponds aux trois premières questions du quiz en bas du chapitre avant de continuer : lit, repos, éveillé, fatigué, rêve, réveil, somnoler, couverture, assoupissement, torpeur, ronfler, sieste, paix, bâillement, somnolent.
Des mots absents de la liste
La liste suivait la méthode de Henry Roediger et Kathleen McDermott (1995), adaptée de James Deese. Tous les mots sont liés à un mot manquant : sommeil. Dans leur première expérience, avec des listes de 12 mots, les participants rappelaient le mot absent après 40 % des listes. Avec 15 mots dans la seconde, ce taux atteignait 55 %. À un test de reconnaissance ultérieur, ils affirmaient l’avoir vu presque aussi souvent que les vrais mots, souvent avec une grande confiance. Les mots activent si fortement leur associé commun que l’esprit le prend ensuite pour un élément réellement vu. C’est le paradigme DRM, d’après Deese, Roediger et McDermott.
Questions suggestives
En 1974, Elizabeth Loftus et John Palmer ont montré qu’un seul mot pouvait remodeler un souvenir. Après des films d’accidents, des étudiants estimaient la vitesse des voitures quand elles s’étaient « fracassées », « entrechoquées », « cognées », « heurtées » ou étaient « entrées en contact ». « Fracassées » donnait les vitesses les plus élevées. Une semaine après, ce groupe affirmait plus de deux fois plus souvent avoir vu du verre brisé, absent des films. Loftus parlait d’effet de désinformation : une information ultérieure peut modifier le souvenir de l’événement. Ses travaux ont changé les interrogatoires de témoins. On recommande largement des questions neutres et des présentations de photos à l’aveugle, où l’agent ignore qui est le suspect.
Sept façons dont la mémoire se trompe
Daniel Schacter (2001) a classé les erreurs quotidiennes en sept « péchés », répartis en trois groupes. Oubli : effacement avec le temps, distraction (manque d’attention initial), blocage (mot sur le bout de la langue). Distorsion : mauvaise attribution (erreur de source), suggestibilité (intégration d’informations trompeuses d’autrui), biais (croyances actuelles remodelant le passé). Intrusion : persistance (souvenirs indésirables récurrents). Pour Schacter, ce sont les effets secondaires d’un système généralement utile. Combler les lacunes avec le probable permet l’illusion DRM, mais aide aussi à comprendre une phrase mal entendue.
Ces résultats sont-ils reproduits ? L’effet DRM compte parmi les plus fiables et a été répété avec des normes lexicales publiées. D’autres classiques ont eu un parcours moins régulier. L’étude de Frederic Bartlett de 1932, où les récits se rapprochaient de la culture de leur narrateur, n’avait connu que des réplications échouées jusqu’à la reproduction du résultat fondamental par Bergman et Roediger en 1999, en partie parce que Bartlett n’avait pas noté ses consignes exactes. Leçon à retenir : la confiance n’est pas une preuve. Vérifie tes réponses dans la source et mets à l’épreuve ton impression de savoir.
| Paradigme DRM | Des listes de mots associés font rappeler un mot absent (40 % à 55 %) |
| Effet de désinformation | Une information après l’événement modifie son souvenir |
| Mauvaise attribution | Se souvenir de la mauvaise source |
| Blocage | Mot sur le bout de la langue : le souvenir est là, mais ne vient pas |
| Persistance | Souvenirs indésirables qui reviennent sans cesse |
| Présentation à l’aveugle | L’agent qui la mène ignore qui est le suspect |
- Se souvenir reconstruit l’événement et peut importer des détails.
- Les listes DRM font rappeler un mot jamais présenté.
- Les questions suggestives peuvent modifier les souvenirs (Loftus et Palmer, 1974).
- Sept péchés de Schacter : oubli, distorsion, intrusion.
- Sans regarder : le mot « lit » figurait-il dans la liste ?
- Oui
- Non
- Le mot « sommeil » figurait-il dans la liste ?
- Oui
- Non
- Le mot « oreiller » figurait-il dans la liste ?
- Oui
- Non
- Avec des listes de 15 mots, à quelle fréquence les participants rappelaient-ils à tort le mot absent chez Roediger et McDermott (1995) ?
- 5%
- 25%
- 55%
- 95%
- Si le faux rappel survient après 40 % de 24 listes, après combien de listes le mot absent est-il rappelé, à une décimale ?
- Quel verbe donnait les estimations de vitesse les plus élevées chez Loftus et Palmer ?
- Entrées en contact
- Heurtées
- Cognées
- Fracassées
- Un ami raconte une histoire ; des mois plus tard, tu crois l’avoir vue dans un film. Quel péché ?
- Blocage
- Mauvaise attribution
- Persistance
- Effacement avec le temps
- Quelle pratique policière découle des recherches de Loftus ?
- Poser des questions suggestives
- Présenter des photos à l’aveugle
- Montrer le suspect en premier
- Répéter la question jusqu’à l’accord du témoin
- À quel groupe appartient la « persistance » ?
- Oubli
- Distorsion
- Intrusion
- Être très sûr d’un souvenir prouve son exactitude.
- Oui
- Non
Sources de ce cours (16)
- OpenStax Psychology 2e (openstax.org/books/psychology-2e)
- sections 8.1 How Memory Functions (Atkinson and Shiffrin 1968; Baddeley and Hitch 1974; Miller 1956; Cowan 2010; Peterson and Peterson 1959; Keppel and Underwood 1962; Tulving 1972)
- 8.2 Parts of the Brain Involved with Memory (H. M.)
- 8.3 Problems with Memory (Ebbinghaus 1885; Schacter 2001 seven sins; Loftus and Palmer 1974; proactive and retroactive interference)
- 8.4 Ways to Enhance Memory, 4.3 Stages of Sleep. Sperling (1960) Psychological Monographs 74(11) (sites.socsci.uci.edu/~whipl/staff/sperling/PDFs/Sperling_PsychMonogr_1960.pdf): 12 symbols, 76% partial report, about 9.1 letters, whole report slightly over four. Ebbinghaus (1885/1913) savings 58.2% at 20 min, 44.2% at 1 h, 35.8% at 8.8 h, 33.7% at 1 day, 27.8% at 2 days, 25.4% at 6 days, 21.1% at 31 days
- Murre and Dros (2015) PLoS ONE 10(7) e0120644 replication (one subject, 70 hours, rows of 13 syllables)
- Cepeda et al. (2006) Psychological Bulletin, PubMed 16719566 (839 assessments, 317 experiments, 184 articles)
- Cepeda et al. (2008) Psychological Science 19(11)
- PubMed 19076480 (more than 1,350 people, gap up to 3.5 months, test up to 1 year, optimal gap about 20 to 40% of a 1-week delay and 5 to 10% of a 1-year delay)
- Roediger and Karpicke (2006) Psychological Science 17(3) 249-255 (Experiment 2: 5-min test SSSS 83%, SSST 78%, STTT 71%; 1-week test STTT 61%, SSST 56%, SSSS 40%)
- Dunlosky et al. (2013) PSPI 14(1)
- PubMed 26173288. Jenkins and Dallenbach (1924) American Journal of Psychology 35, 605-612 (two colleagues, nonsense syllables, 1 to 8 hours)
- Sara (2017) J Neurosci review, PMC6596760 (Rasch and Born 2013, 1,358 references)
- Journal of Sleep Research (2021) 10.1111/jsr.13042 "Evidence against a large effect of sleep in protecting verbal memories from interference". Roediger and McDermott (1995) JEP:LMC 21 (false recall 40% with 12-word lists, 55% with 15-word lists)
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Consulté le: 2026-10-17